Départ pour la Nouvelle-France

« Un beau matin, par un bon vent,
Sur un bateau, y a trois cents ans,
Vogua par voile l’ancêtre Jean… »

En quelle année Jean est-il venu au Canada, sur quel navire et à quel titre?

Autant de questions auxquelles il reste peu d’espoir de jamais trouver de réponses précises. Bien des documents sont perdus après trois siècles. Ceux qui les ont jetés au feu, hélas! Ne se doutaient pas qu’un jour ils seraient précieux…

Les documents manquant, laissons trotter notre imagination… Ce port de La Rochelle, que de fois Jean y est venu dans sa jeunesse contempler les navires aux fières mâtures : ceux qui rentrent lourds de trésors exotiques; ceux qui partent, voiles au vent… Il a écouté ces marins, hâlés par le soleil du large, parler de pays lointains, et surtout de cette Nouvelle-France aux noms étranges, terre immense, sauvage et primitive, mais pourvue de richesses. Bientôt il s’est senti à l’étroit dans les enclos pierreux de son petit bourg… Et un beau jour, désireux d’une vie nouvelle, plus exaltante, il s’est embarqué, à la conquête du Nouveau-Monde. Bravo, Jean Gauvin pour ton courage!…

Un témoignage fort émouvant nous montre cependant jusqu’à quel point la tradition orale a la vie dure. Il nous vient d’un cousin de France, M. Marcel Gauvin de Blois (Loir et Cher), qui nous écrit textuellement ce qui suit : « Je me souviens maintenant que mon père Auguste Gauvin et mon grand-père Louis Gauvin, tous deux nés à Châteaudun (Eure et Loir), m’avaient mis au courant qu’un de leurs ancêtres, prénommé Jean, avait immigré au Canada à une époque non précisée, et que cela se disait de père en fils, et toutefois sans savoir ce qu’il en était devenu… Je connais cette légende depuis mon enfance. » Quelle surprise a-t-il eue d’apprendre par la voix des journaux français que ce Jean Gauvin, trois siècles plus tard, avait des milliers de descendants en Amérique.