Le défricheur

« Là s’arrêtent tout droit, 
Il descendit le cœur ardent,
Bûcha du bois, fendit les rangs… »

Le premier acte officiel signalant l’apparition de Jean Gauvin au Canada – et le premier aussi pour nous de toute sa vie, puisque son acte de baptême a été perdu – c’est un jugement du Conseil Souverain en date du 24 novembre 1663. Nous le donnons en entier à cause de l’importance que lui confère cette priorité :

« La dicte Gaulchet demanderesse, Jean Gauvin défendeur.  Après que par la demanderesse a été conclue à ce que le défendeur soit   condamné à parachever d’abattre et d’ébiter six arpents de bois suivant et au  désir d’un marché avec lui faict le 26 novembre 1662. Et que par le défendeur a   esté dict qu’il est prest de parachever le dit travail.   Le Conseil a condamné le défendeur de travailler incessamment et parachever le dict travail conformément au dict marché pour être le dict travail veu et visité par experts et gens à ce cognoissans et aux dépens. »
Rouer de Villeray
Juchereau Laferté

Le défendeur ne semble guère s’être défendu… À la lecture de ce jugement, on l’imagine, ce jeune homme de vingt ans, quelque peu intimidé par la majesté du Conseil, auquel il promet, comme un bon petit garçon, de faire bien sagement tout ce que voudra maman Gaulchet…

Il est regrettable que ce jugement, très sommaire, ne nous permette pas de nous faire une idée précise des causes du différend. Jean avait-il, dans son inexpérience des affaires, accepté l’année précédente un marché trop onéreux? Renonçons  à jamais le savoir.

Quoi qu’il en soit, non seulement il semble avoir mis bon ordre à cette affaire, car il n’en est plus question, mais encore le souvenir de cette première  comparution devant le tribunal le guérit pour la vie. On ne l’y verra plus.

Cela nous amène à signaler une autre qualité de Jean Gauvin : l’honnêteté. Le fait que quatre ans plus tard, en 1667, le fils de cette même Marie Gaulchet, le sieur Nicolas Dupont, ne craint pas de lui confier sa ferme à bail en est le témoignage; comme aussi ces nombreux autres contrats, conclu par Jean Gauvin, verbaux ou écrits, où  chacun semble avoir confiance en lui, et où rien n’indique des différends avec ceux qui l’entourent.

Ces contrats, - achats et ventes de terres – au moins une bonne quinzaine, l’amenèrent de la côte de Sillery jusqu’à Champigny, là où le ruisseau Gauvin rejoint la rivière du Cap-Rouge. Ses deux fils, Étienne et Pierre, s’y installeront.